[Traduction] Article de Headless Horse

Sonner vrai

Grâce au formidable travail de traduction de Simontheb nous vous livrons un article de réflexion long et intéressant qui tente d’expliquer les raisons qui rendent MLP:FiM si captivant.

« Ce n’est pas simplement l’animation qui pousse une multitude d’adultes à devenir fans de My Little Pony : Friendship Is Magic. Ce n’est pas l’écriture. Ce n’est pas le comique, ou le jeu d’acteur, ou la bande originale, ou le style artistique, ou les références old-school, ou même le fait que la série soit irrésistiblement adorable et mignonne (ce qui, au lieu d’en détourner les adultes comme on pourrait s’y attendre, parvient d’une façon ou d’une autre à la rendre plus intéressante à leur goût).

Bien sûr, tous ces choses sont importantes, et la série serait bien moins captivante, ou l’ombre d’elle-même, si n’importe lequel de ces éléments était absent. Mais il y a un ingrédient clé qui fait la force de la série, sans lequel tous ces facteurs, toutes ces parties indispensables d’un tout, ne seraient que des curiosités et des bonus appréciés par quelques passionnés d’animation et joyeusement ignorés par le reste du monde.

Ce sont, comme le clarifie l’artiste de bande dessinée Doug TenNapel dans un merveilleux post sur son blog, les personnages – en particulier, la vérité des personnages. C’est le fait que dans FiM, comme dans toute bonne fiction, il est fondamentalement possible – qu’importe la fantaisie de leurs capacités et de leur milieu de vie – de relationner avec les personnages.

« Une histoire ne parle pas de quelqu’un d’autre, elle parle de nous. Dark Vador n’est pas seulement le père de Luke, leur relation nous laisserait froid si c’était le cas. Mais nous savons ce que ressent Luke car nous avons tous un père, par conséquent Vador est notre père et nous sommes Luke. Si vous pensez que j’affirme que votre père peut mouvoir des objets par la pensée, alors vous m’avez mal compris. Si vous avez déjà eu peur de découvrir l’un des traits les plus négatifs de vos parents, alors vous avez saisi. »
TenNapel , créateur de Earthworm Jim et de beaucoup d’autres bandes-dessinées et animations, n’écrit pas spécifiquement à propos de FiM, mais ce qu’il dit est tout aussi valable pour le succès de FiM auprès d’amateurs de fictions avertis que pour n’importe laquelle des licences qu’il cite en exemple.

Le « secret » est que les personnages sont vrais ; ils nous paraissent réels. Cela a l’air simpliste, mais il y a dans cette thèse une profonde vérité – que ce qui nous fait apprécier une histoire de fantasy avec un univers époustouflant et des évènements épiques ne sont pas les effets spéciaux des vastes batailles spatiales ou l’énormité sous-entendue des conséquences de l’intrigue sur l’univers de l’histoire. Cela ne gâche rien, mais ne nous intéresserait pas tellement en l’absence des personnages autour desquels tourbillonnent tous ces évènements à faire trembler le monde.

Qui n’a jamais été à sa place ? …Pas en coulisses d’une compétition de vol dans une ville sur les nuages. Vous voyez ce que je veux dire.

De plus, ces personnages n’apportent pas cette cruciale accessibilité à l’histoire s’ils ne sont pas réels. Nous devons pouvoir relationner avec eux. Cela sonne comme un conseil basique pour étudiant scénariste de première année, mais c’est une leçon que bien des créateurs de fictions grand public n’ont que rarement en tête. C’est spécialement rare dans l’audiovisuel pour enfants, en particulier dans le genre de séries qui ont défini la qualité et le niveau d’attente contre lequel Friendship is Magic est apparu, et à cause que tant de gens l’ont accueilli avec incrédulité, bouche bée et n’en croyant pas leurs yeux, sans même parler du fait d’en tomber amoureux.

Dans notre forum, Wylie développe les pensées de TenNapel :

« Prenez Hurricane Fluttershy, par exemple. Combien de fois, et de combien de façons, cette histoire a-t-elle été racontée à travers les âges ? On la trouve partout, de la Bible (l’histoire de l’obole de la veuve, dans laquelle ses dons minuscules furent célébrés car c’est tout ce qu’elle avait à donner) à Shakespeare en passant par les films et les animes. Et c’est une sacrée bonne histoire, avec une bonne morale derrière. Mais si les personnages de l’histoire ne nous paraissent pas réels, tout s’effondre.

Je pense que c’est la plus grande différence entre les précédentes versions animées des Poneys et celle-ci – une génération précédente ne se risquerait jamais à toucher une histoire comme Hurricane Fluttershy. Et si c’était le cas, on se serait assurés d’enlever toute la tension narrative dès le départ, de façon à ce que personne ne soit offensé ou lésé dans l’épisode. Ah, et quelqu’un se mettrait à chanter sans raison. Ce genre de gentille histoire sonne faux.

Mais la vie ne fait pas une gentille histoire. La vie vous donne une grande sœur qui n’a aucune idée de la façon dont vous fonctionnez, par exemple. La vie vous donne une puissance innée de 2,3 wingpowers quand tout le monde en fournit 10. Et puis, parce que quelque chose qui n’a qu’une chance sur un million d’arriver se produit bien plus souvent que ça, les circonstances sont telles que votre 2,3 wingpowers est exactement ce dont tout le monde a besoin. C’est réel. C’est vrai. Quand Fluttershy fait réussir les pégases à la fin de l’histoire, nous nous réjouissons avec elle car nous avons tous été à sa place avant – nous nous sommes tous sentis le moins intelligent en classe, ou le prochain à se faire virer au boulot, et c’est bon de la voir triompher pour nous. TenNapel utilise une citation de G.K. Chesterson : « les contes de fée sont plus que vrais ; pas parce qu’ils nous disent que les dragons existent, mais parce qu’ils nous disent que les dragons peuvent être vaincus. » Regarder Fluttershy vaincre ce dragon particulier est l’un de ces moments plus que vrai pour le fait que nous sommes tous là. »

Bien sûr, le monde de FiM n’est pas « réel » au sens littéral du terme – il n’y a pas de contrée magique nommée Equestria où vivent des poneys aux couleurs fluos qui peuvent faire pleuvoir en cognant les nuages ou qui rangent des livres par télékinésie. Mais tout ce qu’on voit faire les poneys, nous pouvons le relier à quelque chose dont nous-même avons fait l’expérience – et ce n’est pas vrai de toutes les histoires produites en ce moment par l’industrie audiovisuelle.

Même certains des dessins animés les plus populaires, tels que Phineas & Ferb et Invader Zim, basent leur schéma narratif sur des routines comiques et pas véritablement sur les personnages. Les personnages de ces séries sont mis en scène dans des histoires compliquées et souvent hystériquement drôles, mais ils sont toujours coincés dans les formules récurrentes des structures établies pour leur épisodes et dans leur éternelles et invariables motivations. Phineas et Ferb ne seront jamais surpris par leur sœur en train de fabriquer des gadgets, pas plus que les plans absurdes de Zim pour envahir la Terre ne seront déjoués par Dib. Faire cela signifierait aller à l’encontre de la trame de leurs séries ; pire, cela signifierait amener ces personnages et leurs motivations au-delà des routines comiques soigneusement établies qui les limitent et les définissent.

Le dessin animé FiM ne fait pas couramment usage de routines comiques (à part, peut-être, Rarity – pour qui être « on » est littéralement la vérité de son personnage, et nous savons qu’elle agit ainsi pour son propre intérêt). Ce qui fait, par contre, est de permettre à ses histoires de découler naturellement des motivations tout à fait réelles des personnages – personnages qui agissent et réagissent d’une manière que nous, en tant que personnes véritables, trouvons entièrement crédibles. Ce à quoi nous voyons les poneys confrontés sont peut-être des monstres mythiques et des mystères magiques, mais ils réagissent toujours à ces défis de la manière dont nous le ferions si nous étions à leur place.

Toutes les situations fantastiques dans lesquelles se trouvent les poneys au cours de la série ont en elles des éléments d’allégories, ou au moins d’applicabilité – quelle que soit leur invraisemblance ou l’exotisme de l’univers du dessin animé. Ils peuvent être confrontés à une invasion de parasprites trompeusement adorables, ou défendre les poulains qu’ils babysittent face à un féroce cockatrice dans la forêt Everfree, ou même subir l’affront d’être jetés dans un labyrinthe hallucinogène par la version poney de Q. Ce qui rend ces situations différentes de l’habituelle fantasy légère « à routine comique » est que ce ne sont pas simplement des prétextes pour que les protagonistes utilisent des pouvoirs extravagants, lancent une réplique bien sentie et bannissent leurs adversaires dans un monde fantomatique et venteux ; au lieu de cela, les solutions auxquelles ils ont recours sont le genre de solutions auxquelles nous aurions recours si nous étions eux. Cela permet de relationner avec leurs défis aussi bien qu’avec eux, et, comme la lutte passionnée de Luke pour découvrir la sombre vérité sur les actions de son père, les épreuves et les ennemis des poneys bénéficient de la même crédibilité métaphorique qu’ils affichent eux-mêmes. Les parasprites pourraient aussi bien être une portée de lapins dans votre jardin, attendrissants mais nombreux – et une menace pour votre potager, même si cela vous brise le cœur d’avoir à poser du poison. La cockatrice devient l’allégorie effrayante d’un kidnappeur qui rôde dans le parc du quartier, non loin de trois enfants turbulents. Même Discord pourrait être un parent jaloux et manipulateur qui voit dans la destruction de vos précieuses amitiés une opportunité d’avancer ses propres pions.

Et tout cela fait sonner encore plus vrai les histoires plus ordinaires. “Sisterhooves Social”. “Green Isn’t Your Color”. “Ponyville Confidential”. Nous pouvons interpréter ces histoires de manière littérale, sans aucune métaphore, et cependant les réactions des personnages aux obstacles qu’ils rencontrent n’y sont pas plus « réalistes » qu’elles ne le sont dans les histoires « fantastiques ». Au bout du compte, que les poneys réagissent à la menace d’un monstre mythique aux dents pointues ou au dilemme d’avoir à mettre en balance une opportunité de carrière avec la jalousie de votre plus proche ami, le cœur de chaque histoire se trouve dans la façon très humaine dont les poneys prennent leurs problèmes – une façon que chacun de nous pourrait adopter, selon nos propres forces et motivations.

TenNapel cite Tolkien :

« La fantasy peut donc être vue comme un aperçu soudain de la réalité sous-jacente ou de la vérité. Ce n’est pas seulement une consolation de la tristesse de ce monde, mais une réponse à cette question : ‘est-ce vrai ?’ »
Tolkien était connu pour détester l’allégorie « sous toutes ses formes » ; par comparaison avec la citation ci-dessus, il semble y avoir une contradiction fondamentale. L’applicabilité des expériences des personnages à celles des lecteurs n’est-elle pas une forme d’allégorie ? La fantasy, par la définition de Tolkien, n’implique-t-elle pas exactement ce genre de relation métaphorique avec la vérité de l’histoire dont les personnages font l’expérience ?

La réponse, sans surprise peut-être, est non. Il y a une grande différence entre le genre de métaphores qu’il méprisait – la narration fantastique utilisée comme relais d’un message didactique moral ou politique, le genre de chose que TenNapel qualifie de « propagande » – et l’utilisation narrative de situations reliées à la réalité, qu’importe si elle sont spectaculaires ou surnaturelles, afin de nous impliquer émotionnellement.

Il est donc ironique que le type d’allégories que dénigrait Tolkien était le genre de prêche légèrement déguisée utilisée par son ami et collègue écrivain C.S. Lewis dans ses histoires crypto-chrétiennes de Narnia, alors que le paragraphe final de TenNapel s’inspire de Lewis lui-même :

« Mais supposé qu’en projetant toutes ces choses dans un monde imaginaire, en les débarrassant de leurs associations avec des vitraux et la messe du dimanche, on puisse les faire apparaître pour la première fois dans toute leur puissance ? Ne pourrait-on pas ainsi se faufiler au nez et à la barbe de ces dragons vigilants ? Je pense qu’on le pourrait. » – C.S. Lewis
Un magicien ne révèle jamais le secret de ses tours de magie et ici, Lewis a tout dévoilé d’un coup. Nous projetons des choses dans un monde imaginaire pour nous faufiler au nez et à la barbe des dragons vigilants d’une société sceptique, désillusionnée et moderniste. Mes lecteurs érigent des dragons, mais je vais passer cet obstacle. Comment passer l’obstacle d’un dragon ? Vous ne chargez pas en faisant tourner votre épée et en le frappant au visage. C’est ce que nous faisons quand nous écrivons de la propagande, ou des discours politiques qui réveillent le dragon et l’enragent du même coup ! Un chevalier se ferait sûrement rôtir s’il adoptait une telle tactique ! Nous devons être furtifs. Maintenant, chut ! Enlevez ces bottes bruyantes et suivez-moi sur la pointe des pieds ! Vous n’avez aucune raison d’être inquiets. Si nous ne parvenons pas à rendre ces personnages crédibles, nous nous ferons juste frire et manger par un lézard géant démoniaque! Vous voyez ce que je vous fais là ? »
Que Lewis ou Tolkien voulait signifier cela ou pas, leurs exemples nous fournissent un joli spectre sur lequel placer nos expériences d’histoires de fantasy. Le côté de Tolkien est l’aventure épique naturaliste et basée sur les personnages, alors que le plus fameux écrit de Lewis utilise une approche plus mystique et symbolique de la narration fantastique. Mais les deux auteurs ont une compréhension fondamentale de ce qui rend une histoire convaincante aux yeux des lecteurs : des personnages qui vous entraînent dans leur monde en étant humains, des gens dont les actions reflètent ce que le lecteur aurait fait à leur place, plutôt que des pantins dont les plates routines ne sont guère que des prétextes pour montrer davantage d’effets spéciaux fantastiques. Dit autrement, les meilleures histoires de fantasy savent que ce qui est important sont les personnages – et les pires pensent que l’audience est là pour la fantasy elle-même.
Un personnage de bande-dessinée peut être un humain normal ou un feu follet parlant qui flotte au-dessus d’un marais hanté, mais il doit quand même sonner vrai. Et ce qui le rend faux n’est pas l’apparence, car nous avons tous déjà vu des mauvais films qui ont uniquement des personnages normaux dans des situations réalistes, mais qui décrivent les gens si platement et si maladroitement qu’ils n’ont rien de vrai. Et ensuite regardez la scène de Return of the Jedi quand Han est dégelé de son bloc de carbone et jeté dans une cellule avec Chewie. Ils se prennent dans les bras… Ça fait vrai ! Nous y croyons tous.
 Nous, les lecteurs et les spectateurs, savons intrinsèquement que sans personnages convaincants et touchants, il n’y a tout simplement pas d’histoire. Même si un univers fondé sur des routines comiques et des gags puisse être drôle et mémorable et universellement aimé, après quelques années nous ne nous souviendrons plus que des gags, et pas des histoires individuelles auxquelles les personnages prenaient part. Même dans une série qui se moque d’elle-même comme Pinky and the Brain, dans lequel chaque épisode commence par la réplique « la même chose que chaque nuit, Minus : essayer de conquérir le monde ! », notre souvenir durable de la série en général est le sens de l’humour désabusé qui a donné naissance à une telle subversion ironique du monde plein de clichés qu’elle parodiait. Ces deux souris nous fournissent peut-être une demi-heure de gags géniaux, mais au bout du compte, nous ne sommes jamais surpris par ce que nous voyons. Nous n’apprenons jamais quelque chose de nouveau sur nous-même en voyant dans les protagonistes une partie de notre propre personnalité. Comme avec Invader Zim et Dib, nous ne nous surprenons jamais à prendre parti pour quelqu’un en particulier. Ils sont simplement là pour nous faire rire, sachant très bien que nous ne sommes pas comme eux – dieu merci.

Les poneys, d’un autre côté, sont quelque chose d’entièrement différent. Nous pouvons nous identifier à des personnages en particulier, en nous reconnaissant dans Twilight Sparkle ou Fluttershy, ou bien nous pouvons simplement voir un tel réalisme dans le comportement de toutes les six que nous n’avons aucun mal à nous mettre à leur place et à saisir ce qui les motive. Nous pouvons les comprendre. Nous pouvons concevoir le besoin pour Rarity d’être reconnue et de courir après le succès aux dépens de son intégrité personnelle et de son inclinaison à fréquenter sa famille de classe moyenne. Nous pouvons sympathiser avec la fragilité de Twilight lorsqu’elle aborde un nouveau sujet d’étude – l’amitié – et avec le dilemme dans lequel elle se trouve plongée quand elle est défiée par une rivale affirmant lui être supérieure et lui faisant penser qu’elle doit choisir entre être techniquement compétente et humainement agréable. Et nous pouvons apprécier l’aversion de Fluttershy pour la confrontation, et cependant sentir un accès de fierté – d’elle et de la partie de nous-même qui lui est connectée – lorsqu’elle trouve en elle-même une force renouvelée et intimide pour de bon cet agresseur dans le parc à l’instant où il menace les enfants dont elle a la garde.

Regardez au-delà du monstre de légende et de la technique surnaturelle de contrôle de l’esprit et vous vous retrouvez avec une histoire par laquelle nous pouvons tous nous sentir concernés.

 Ces épisodes nous touchent parce que, fantasy ou pas, ils racontent de vraies histoires, avec des personnages qui pourraient aussi bien être nous-mêmes. Mais aussi, et c’est crucial, les poneys ne sont pas Mr. Tout Le Monde, une sorte de dénominateur commun sans personnalité qui existe seulement comme un narrateur sans passion ; ils sont bien plus riches et vibrants que cela. Le fait qu’il y en a six leur permet d’exprimer des portions de nos propres psychés qui existent en dehors de nos confortables habitudes mentales, nous laissant ainsi explorer des manières d’être qui ne nous sont pas nécessairement naturelles – mais que nous reconnaissons comme des états d’esprits compréhensibles si nous étions eux. De cette façon, même une timide Fluttershy peut relationner avec Rainbow Dash qui se bat pour la gloire et la fortune, et quelqu’un d’aussi intello et analytique que Twilight Sparkle dans la vraie vie peut exister quelques minutes dans la vision du monde simple et directe d’Applejack ou dans la logique confuse et non linéaire de Pinkie Pie. Les personnages, aussi « cartoonesques » qu’ils puissent apparaitre à la surface, ont tous un noyau essentiel d’humanité qui les élève à un niveau que seuls les scénaristes talentueux peuvent atteindre.

Étrangement, ce sont ces quelques épisodes de FiM n’adhérant pas aussi bien à la vérité et à l’humanité de leurs personnages qui contribue à mettre en valeur les autres. « The Mysterious Mare-Do-Well » et « MMMystery on the Friendship Express » mettent chacun en scène les poneys d’une manière assez peu crédible – pas parce qu’ils font des choses incroyables dans un monde de magie et de fantasy, mais parce que leurs motivations ne nous paraissent pas bonnes. Ce ne sont pas les personnes que nous en sommes venus à connaitre. Le premier épisode dépeint la mise en œuvre par cinq poneys de la bande d’une conspiration pas très sympathique visant à corriger une Rainbow Dash vantarde ; dans le dernier, trois poneys du groupe volent inconsidérément (et de façon inconséquente) des morceaux d’un gâteau que Pinkie Pie protège soigneusement en vue d’un concours important. Ces actions – y compris celles de Twilight, dans une rare « routine comique » du cerveau de dessin animé qui possède la solution au mystère – ne sonnent pas vraies, car les personnages ne sont pas vraiment les poneys que nous connaissons et auxquels nous sommes attachés. Ils leur ressemblent, ils parlent comme eux, ils nous font même rire comme eux – mais comme les gosses Stewie Griffin et Eliza Pinchley qui refont My Fair Lady, ils ne font que jouer temporairement le rôle de simples artifices narratifs. Ce sont des étrangers, et nous ne pouvons pas nous mettre à leur place comme nous avons l’habitude de le faire.

Et cependant, à travers ces exemples, des épisodes comme « Suited For Success » et « The Last Roundup » – où, , les personnages rentrent dans le moule qui nous les rend si familiers en tant qu’individus réalistes – apparaissent d’autant plus clairement comme les grands succès narratifs qu’ils sont. Ces histoires vibrent d’une certaine énergie, comme un bouton de radio tourné pile au bon endroit, qui les fait sortir du lot – et pas simplement un autre dessin animé dont les personnages sont là pour faire des gags et servir l’intrigue. Le drame psychologique de « Sonic Rainboom » existe à un niveau tout à fait différent de la parodie acerbe de « Hearth’s Warming Eve », et même si cette dernière parvient certainement à nous amuser pendant une demi-heure, elle est fausse par nature – bien que le contexte excuse cela, elle n’a pas ce petit quelque chose qui permet généralement à FiM d’atteindre un standard que peu d’autres productions audiovisuelles, même parmi celles destinées aux adultes, sont parvenues à approcher.

La réalité et la vérité ne sont pas des choses faciles à créer. Il est bien plus simple, dans le monde des dessins animés bien souvent saturé de cynisme, de choisir la « solution de facilité » – parodie et ironie. De nos jours, ce genre de choses est devenu si courant dans la culture audiovisuelle que nous sommes stupéfaits lorsque la nouvelle itération d’une série n’est pas simplement une version satirique de quelque licence anciennement sincère âgée de ou vingt trente ans. Mais la sincérité, la réalité, la vérité de My Litte Pony : Friendship is Magic est au cœur de l’intérêt que la série engendre, et la raison pour laquelle cela prend habituellement aux fans six ou sept épisodes avant de vraiment tomber amoureux du dessin animé : c’est le temps qu’il faut pour prendre conscience à quel point les personnages sont profonds et cohérents, et ce grâce à des scénaristes qui leurs accordent tant d’importance et prennent tant de soin à les faire sonner vrai, d’une façon que les dessins animés standards considèrent rarement comme une priorité. La jolie animation et la qualité générale de production sont une accroche immédiate, mais c’est l’humanité sous-jacente et la crédibilité des personnages qui font de l’animation quelque chose de plus qu’un simple artifice – et qui soutiennent la série dans toute sa vibrante énergie aussi longtemps qu’il reste des histoires intéressantes à raconter. »

Laisser un commentaire