[Interview] ThePonyIsASpy : Retrospective !

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Récemment, l’animateur Richard Braintree a sorti une nouvelle vidéo pour l’occasion de la 3PS : la PMV « Retrospective » (trouvable sur sa chaîne). Comme c’est une vidéo assez spéciale, nous avons décidé d’aller directement le voir pour qu’il se présente un peu plus à la communauté et à ceux qui n’étaient pas à la 3PS, puis pour pouvoir parler avec lui de cette vidéo.

Pourrais-tu te présenter IRL puis par rapport au fandom ?

IRL, je suis un mec de 25 ans qui bosse dans la maintenance aéronautique. Je suis entré pour de bon dans le fandom en 2013, à cause de mon frère, Retributer, qui n’arrêtait pas de poster des poneys sur internet, d’écouter de la musique brony, et de faire des références que je ne comprenais pas. Comme j’en ai eu marre d’être en dehors du délire, j’ai commencé à regarder MLP discrètement, et j’ai trouvé ça vachement marrant. Ce qui m’a incité à m’intégrer dans le fandom, c’est surtout les musiques des fans, comme celles de Wooden Toaster ou TLT. Mon poney préféré est Rarity (parce qu’elle parle français même dans la VO) et en non-poney, Discord, car vive le pop-corn.

Pourquoi et dans quel cadre as-tu commencé à faire des vidéos ?

J’avais déjà commencé à faire des vidéos avec After Effects sur ma chaîne YouTube avant d’entrer dans le fandom. Ma vidéo la plus connue est d’ailleurs une des premières que j’ai uploadées : Internet Tylenol. Ironiquement, c’est aussi une de celles qui ont le moins bien vieilli. J’ai aussi fait une ou deux YouTube Poops mais elles ne sont pas terribles. Bref, je connaissais déjà After Effects avant d’entrer dans le fandom, et alors que je traînais sur Frenchy-Ponies, je tombe sur un vieux topic dans lequel quelqu’un présentait un tuto trouvé sur Internet qui montrait comment on pouvait animer des poneys avec After Effects. Ça m’a intéressé, mais ce qui m’a vraiment donné le déclic, c’est de voir qu’en réponse au topic, un membre avait répondu : « n’importe quoi, on ne peut pas animer avec After Effects, tout le monde utilise Flash, c’est pas pour rien ». Alors je me suis dit que j’allais voir si ça pouvait marcher ou non, par pur esprit de contradiction. Et c’est comme ça que j’ai démarré ma première vidéo de poneys, « Fabrics and Lay Figures », une animation sur une musique de General Mumble.

Du coup, parle-nous un peu de ta chaîne, que peut-on trouver dessus ?

Ma chaîne m’a d’abord servi à partager des vidéos avec mes potes (vidéos de concerts, etc.) puis j’ai commencé à créer du contenu perso, comme par exemple cette vidéo où je screen une partie de Doom 3 dans laquelle j’ai remplacé les bruits des armes par des sons débiles. J’ai aussi fait les YTP dont je parlais au-dessus (c’est d’ailleurs ce qui m’a fait commencer After Effects) et quelques traductions de vidéos diverses (les chansons de Brentalfloss en particulier). Bref, tu vois qu’à la base, et jusqu’en 2013, y avait aucun contenu poney là-dedans. Anecdote : le nom de ma chaîne, Richard Braintree, vient du nom d’un personnage dans Silent Hill 4 (je suis un fan de la série des Silent Hill). Comme je n’ai pas envie de créer une deuxième chaîne réservée exclusivement au contenu brony, j’ai gardé celle-ci et je continue à uploader toutes mes vidéos dessus. Si un jour cela pose problème, je ferai peut-être une chaîne exprès.

Et donc, le point important : pourquoi cette vidéo ? Et comment es-tu arrivé à ce résultat ?

À cause de la 3PS. Quand Fanch1 m’a contacté en avril pour me demander si je voulais bien venir à la 3PS pour faire un panel partagé avec OhPonyBoy, je n’y croyais pas. Après qu’il m’a confirmé que c’était pour de vrai, je me suis rendu compte que j’étais mal barré : première fois que je tiens un panel + pas connu dans la commu + une seule vidéo « potable », Bigger the Better, puisque les autres sont surtout des private jokes (va expliquer à EqD que le Kudeta ça montre comment je suis devenu modo sur FP, tout le monde s’en fiche). Bref j’ai eu peur de passer pour un abruti à coté de OPB, alors il FALLAIT que je sorte une nouvelle vidéo. J’avais quelques idées en tête, et une deadline bien définie puisque la 3PS approchait. J’ai bossé dessus d’une manière très étalée de fin avril jusqu’à la semaine de la 3PS (ndlr : fin juillet). Ce qui représente 3 mois, mais je le répète, de manière très étalée. S’il me fallait 3 mois non-stop pour sortir ça, ce serait un peu un scandale.

C’est là que je me suis rappelé que de temps en temps, je m’amuse à faire des vidéos très courtes (moins d’une minute) sur une autre chaîne YouTube. Elle me sert à expérimenter des trucs, à mettre en image des petites scènes pas assez importantes pour en faire une vidéo complète. Je me suis dit qu’il y avait peut-être moyen d’en faire quelque chose. Je n’avais qu’à récupérer les idées que j’avais déjà eues, les arranger pour en faire quelque chose de potable, et trouver un fil directeur pour changer ce patchwork en vidéo construite. En théorie, ça paraissait simple, mais en pratique ça ne l’était pas : mes vidéos sur cette chaîne étaient bien trop hétéroclites ! Comment tu passes d’une scène avec mon OC qui tourne sur une vieille boîte à musique à une autre dans laquelle il regarde la pluie tomber par la fenêtre ? De plus, dans chacune de ces vidéos, j’utilise une musique différente. Le défi, c’est de raccorder ça.

En ce qui concerne le choix de la musique : j’ai d’abord pensé à utiliser plusieurs musiques différentes, par exemple une musique pour chaque changement de scène, mais ceci allait gâcher l’impression d’unité qui devait se dégager de la vidéo. Je ne pouvais pas utiliser une musique contenant des paroles, car quand je fais une PMV, j’aime bien mettre les paroles directement en image (c’est le cas dans Bigger the Better). Or, ici, je disposais déjà des scènes, je n’avais pas envie d’en inventer plein d’autres pour combler des paroles. Une musique instrumentale, donc ? Ça tombait bien, ça faisait pas mal de temps que je voulais faire une vidéo sur la musique Want to Kill a Pony de Modern Bard. Seulement, je n’ai jamais su vraiment quoi mettre en image par-dessus. C’était dommage car j’adore ce thème lancinant, cette mélodie très mélancolique, et elle fait partie des musiques dont la répétition du thème ne gâche pas l’écoute. Cette vidéo pour la 3PS, c’était donc l’occasion de réaliser quelque chose qui me trottait dans la tête depuis un petit moment. Après avoir obtenu l’autorisation de Modern Bard (merci à lui !) pour utiliser sa musique, il fallait à présent trouver quoi mettre par-dessus.

La vidéo finale que j’ai postée sur YouTube est complètement différente de ce que j’avais créé au départ. Tu vois les textes qui défilent et qui racontent une histoire ? Au départ, ils étaient tous en anglais, et c’était quasiment tous des paroles de chansons que j’avais récupérées à droite à gauche, ou des citations que j’aimais bien (certaines venaient du jeu Antichamber, par exemple). Mais le résultat ne me plaisait pas. J’avais l’impression de faire un mashup complètement impersonnel. Alors j’ai décidé de faire un texte un peu plus personnel et élaboré. C’est là que je suis passé au français, parce que même si je me débrouille plutôt bien en anglais, je ne suis pas bilingue non plus. Pour refaire le texte, j’ai d’abord réfléchi à ce qui me traverse l’esprit à chaque fois que je fais une vidéo.

Pourrais-tu nous détailler ce texte (et les images qui l’accompagnent si besoin) ?

Dans une des premières scènes avec mon OC qui s’enfonce dans la neige, ça dit « Le premier pas est le plus difficile, pourquoi ne pas faire le deuxième ? », etc. Ça, c’est moi quand j’essaie d’aller trop vite pour faire une vidéo, et que je commence à animer alors que je ne sais pas exactement ce que je veux mettre dans ma vidéo. Résultat : je crée des scènes qui ne servent à rien, je perds du temps, et j’oublie de prendre un peu de recul pour me remettre sur le bon chemin. J’en viens à oublier pourquoi j’ai commencé ma vidéo, et je tombe dans une impasse (« … pourquoi dois-je continuer ? ») Cette histoire de premier pas que j’ai voulu sauter, c’est aussi par rapport au fait que je me suis lancé dans l’animation tout seul, sans prendre le temps d’apprendre les bases, ce qui fait que j’ai des lacunes que je ne prends pas le temps de combler car j’essaye de me convaincre que je fais des vidéos déjà pas trop mal. (« Rien ne m’empêche de faire marche arrière, sinon ma fierté ») Le coup de la boule à neige, et des limites : c’est une image pour expliquer que j’ai trouvé mon style, et que je n’essaye plus de m’améliorer. Forcément, cela implique que je ne serai jamais capable de faire certaines animations qui demandent un niveau largement supérieur au mien. La boule à neige, c’est l’environnement fermé dans lequel j’évolue, et mon OC se contemple lui-même dans cette boule puis la laisse tomber pour montrer que j’en suis conscient et que je trouve cela dommage. Les pièces de puzzle : c’est assez parlant. Je crée des situations, et je ne suis pas satisfait du résultat, alors je laisse tomber et je commence autre chose. Ça parle aussi bien des vidéos qui sont au point mort sur mon PC que des scènes auxquelles je pense mais dont je ne sais pas quoi faire. L’OC qui regarde par la fenêtre : le texte dit tout, j’ai peur de regarder des PMV animées car à chaque fois, je me rends compte que même si je me suis amélioré, il y a des artistes brony qui sont bien meilleurs que moi, et je me sens nul à côté d’eux. Ça, même les dessinateurs doivent connaître ! L’OC qui regarde la pluie tomber, c’est une symbolique pour moi qui regarde une PMV et qui déprime devant. La scène avec plein de chemins : quand j’ai créé cette scène, je n’étais pas encore sûr du message que je voulais faire passer dans la vidéo, alors j’ai voulu montrer mon impression. D’où la réplique « Comment véhiculer un message que j’ignore ? ». Mon OC avance sur un chemin, cependant il n’est pas sûr lui-même de la direction à prendre : ça symbolise les questions qu’on se pose quand on essaye d’être créatif. Qu’est-ce que je vais animer ? Qui va apparaître dans la vidéo ? Est-ce que je vais faire une vidéo sur un sujet que les gens ont envie d’aborder, ou sur un sujet qui me plaît mais qui risque de ne pas plaire aux autres ? « Personne ne m’a indiqué la direction à prendre », c’est parce que je n’aime pas trop demander conseil aux autres dans ce domaine. Scène avec mon OC qui regarde la ville depuis un pont : quand on n’avance plus, autant s’arrêter et faire une pause… Ça arrive à tout le monde, de se retrouver bloqué devant une page blanche. J’ai appris que dans cette situation, il ne faut pas forcer, il faut laisser tomber et aller faire autre chose pour se rafraîchir les idées. Mon OC prend du recul, il regarde de loin ce qu’il a déjà accompli, ce qui lui permet de savoir où il en est, et ce qu’il doit faire ensuite. Le ciel rempli d’étoiles : de la jalousie pure. Il y a déjà plein de monde qui font des animations super connues, comment tu veux te faire connaître… Le miroir est le juge le plus dur : ça, c’est vrai pour tout le monde. Quand ma vidéo était presque finie, je la trouvais nulle. De toutes façons, je trouve toujours mes vidéos nulles, parce qu’à force de passer du temps dessus, elles perdent leur charme, et je suis conscient des moindres défauts qui apparaissent. À la 3PS, j’osais à peine montrer cette vidéo après les 3 épisodes de la Stellae Key d’OPB, parce que déjà personne ne me connaît, et en plus cette vidéo n’est pas le genre de vidéo qui va devenir mainstream. Mais, finalement, j’ai eu des retours positifs de plusieurs personnes dans le public. Bref, encore une fois, je suis la personne qui a jugé le plus durement mon œuvre. Mais on fait tous ça, non ?

Tu as présenté la vidéo scène par scène mais finalement, quel message penses-tu véhiculer avec cette vidéo ?

C’est vrai, j’ai donné beaucoup de détails, et j’ai oublié l’essentiel… Cette vidéo est un message à tous les artistes de la communauté qui n’ont pas assez confiance en eux. Énormément d’introvertis sont capables de créer des choses magnifiques, mais comme ils n’osent pas soumettre leurs œuvres aux yeux du public, personne n’a conscience de ce qu’ils sont capables de faire, alors que les fans sont avides de contenu original, nouveau, et qui sort de l’ordinaire. En s’imposant nous-mêmes trop de limites, on en vient à trop se comparer aux autres, ce qui est contre-productif. Il faut juger son travail sévèrement afin de s’améliorer, mais sans que cela devienne un frein, et ne pas hésiter à demander conseil aux artistes chevronnés, qui sont bien souvent contents de pouvoir enseigner leurs techniques !

Un grand merci a toi d’avoir accepté de participé à cette interview et bonne continuation pour ta chaîne!

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